13 kilomètres au cœur des gorges : ce que vous allez vraiment traverser

Le sentier qui relie Collias au Pont du Gard n’a pas d’équivalent dans le Gard. Treize à quatorze kilomètres selon le tracé que vous empruntez, un dénivelé cumulé de 200 à 300 mètres – modéré sur le papier, trompeur sous le soleil de garrigue. Le sentier longe les gorges que le Gardon a creusées sur des millions d’années dans le calcaire jurassique du département 30, région Occitanie. Des falaises qui montent jusqu’à 100 mètres au-dessus de vous. Du silence, des cigales, l’odeur du thym écrasé sous la semelle.
Le balisage rouge et blanc du GR 63, homologué par la Fédération Française de la Randonnée Pédestre, guide le marcheur depuis le village de Collias – commune de l’arrondissement de Nîmes – jusqu’au site antique le plus photographié du sud de la France. Le tracé se décompose en étapes claires :
- Départ du parking de Collias, descente vers les berges du Gardon
- Progression en fond de gorges, rive gauche puis rive droite selon les passages
- Plusieurs traversées à gué du Gardon (conditionnées au niveau d’eau)
- Montée progressive sur les causses calcaires avec vue dégagée sur la garrigue
- Émergence sur le chemin rive gauche avec le Pont du Gard en face, émergeant des pins
- Descente finale vers le site UNESCO
Ce n’est pas un chemin forestier tracé au cordeau avec des bancs tous les kilomètres. Le terrain est parfois instable, les blocs calcaires glissants après la pluie. Mais cette rudesse a un effet : quand vous débouchez face à l’aqueduc romain, c’est électrisant. Trois arches superposées, 49 mètres de hauteur, surgissant de la garrigue. Ça vous arrête net.
Partir de Collias ou du Pont du Gard ? Le sens qui change tout
La question mérite qu’on s’y arrête. Les deux sens sont praticables, mais ils racontent une histoire différente et posent des contraintes logistiques distinctes.
| Critère | Départ Collias | Départ Pont du Gard |
|---|---|---|
| Coût parking | Gratuit (bord du Gardon) | 8 à 9€ par véhicule selon saison |
| Découverte du paysage | Vous progressez vers le monument, l’arrivée vous fait basculer | Vous repartez du monument, la magie de la découverte s’inverse |
| Gestion de la fatigue | Les jambes sont lourdes à l’arrivée – c’est exigeant mais logique | Il faut revenir vers le véhicule garé à Collias, nerveuse comme passage |
| Accès et transport | Navette ou vélo depuis Pont du Gard à organiser au retour | Voiture à Collias, navette ou vélo aller |
Moi j’ai choisi sans hésiter : Collias vers le Pont du Gard. Laisser la voiture au parking gratuit du village, traverser les gorges pendant plusieurs heures, découvrir l’aqueduc romain au détour d’un virage dans la garrigue. C’est un moment qui fonctionne mieux que l’inverse. L’arrivée face au Pont du Gard depuis le chemin rive gauche m’a marquée – une des plus belles fins de randonnée que j’ai vécues dans le Sud.
Pour le retour, deux solutions : organiser une navette avec un second véhicule laissé au Pont du Gard, ou revenir à vélo depuis le site (environ 10 kilomètres par la route D112 et la D981). Des loueurs locaux proposent ce service. Renseignez-vous avant de partir.
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Les traversées à gué du Gardon : le passage qui peut tout bloquer

C’est le point que la plupart des récits minimisent. C’est une erreur. Le Gardon n’est pas un ruisseau tranquille. C’est une rivière méditerranéenne à régime cévenol : calme en été, imprévisible et puissant en automne et hiver dès que les pluies tombent en amont.
Le sentier nécessite plusieurs traversées à gué en période de basses eaux. Quand le niveau est normal, l’eau arrive aux genoux, le courant est gérable, les pierres glissantes mais franchissables. Après des pluies importantes – même quelques jours avant – tout change. Le courant devient dangereux et les passages impossibles sans risque réel.
- Consultez la météo des 72 heures précédentes sur l’ensemble du bassin cévenol, pas seulement à Collias
- Ne traversez jamais si l’eau dépasse le genou – le courant en est sous-estimé à cette hauteur
- Prévoyez des sandales de marche ou des chaussures amphibies : traverser pieds nus sur le calcaire glissant vous laissera avec des bleus
- Rebroussez chemin sans hésiter si la situation semble incertaine – il n’y a aucune honte à annuler
- Les meilleures périodes pour des gués praticables : avril-mai et septembre-octobre, hors épisodes pluvieux
Le risque est réel. Des randonneurs se retrouvent bloqués chaque année, dans les deux sens. Certains passent, d’autres attendent des heures sur une berge. Prévoyez du temps en conséquence et ne partez jamais avec une heure fixe impérative à l’arrivée.
Juillet-août sur ce sentier : trois vraies raisons de repousser
Allez-y en juillet ou août et vous risquez d’accumuler trois problèmes à la fois.
1. Les fermetures préfectorales liées aux incendies. Chaque été, la préfecture du Gard publie des arrêtés de fermeture des massifs et sentiers à risque. C’est récurrent et touche régulièrement les gorges du Gardon. Vous arrivez un matin de mi-juillet avec votre sac à dos et le sentier est officiellement fermé. La préfecture du Gard publie ces arrêtés sur son site officiel. Consultez-le la veille, pas en chaussant vos chaussures.
2. La chaleur sur un sentier sans ombre. La garrigue méditerranéenne est magnifique, mais les chênes verts et genévriers ne font pas d’ombre comme une forêt. Entre 11h et 16h en juillet, ce sentier plein sud devient usant. Les falaises calcaires accumulent et restituent la chaleur. Comptez 38 à 40°C ressentis sur certaines portions. Avec 13 kilomètres à couvrir et plusieurs heures de marche, c’est une équation dangereuse sans préparation.
3. La foule au Pont du Gard en haute saison. Le site reçoit ses plus gros flux touristiques en juillet-août. Arriver au terme de votre randonnée dans une marée humaine change l’expérience. Le silence des gorges devient un site de loisirs bondé.
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Si vous tenez à y aller à cette période : partez avant 7h30, emportez au minimum 2 litres d’eau par personne et vérifiez la situation préfectorale la veille. Mais franchement, avril-mai ou septembre-octobre sont deux mois autrement meilleur pour cette randonnée.
Vautours, garrigue et calcaire : l’écosystème qui justifie le détour
Ce sentier n’est pas juste une liaison entre deux points. Les gorges du Gardon sont un site Natura 2000 au titre de la directive Habitats. Cette reconnaissance dit quelque chose sur la rareté et la fragilité de l’écosystème traversé.
Le vautour percnoptère niche dans ces gorges. C’est une espèce protégée en France, peu commune, reconnaissable à son plumage blanc et noir et à son vol plané au-dessus des falaises. J’en ai aperçu un à mi-parcours, glissant en silence le long d’une paroi. Ça m’a arrêtée net.
La végétation de garrigue couvre les causses : chênes verts aux feuilles persistantes, genévriers, thyms en fleurs au printemps, cistes dont les fleurs roses ou blanches s’ouvrent quelques heures seulement chaque matin. L’odeur est puissante, résineuse, typiquement méridionale. Aucune brochure ne rend cette sensation.
Et puis il y a les falaises. Cent mètres de calcaire jurassique blanc et ocre qui plongent dans les eaux vertes du Gardon. Leur impact visuel est immédiat – la gorge se resserre, le ciel se réduit à un couloir de lumière. Marcher au fond de ces gorges, c’est comprendre physiquement ce qu’est une gorge calcaire.
Mais la conclusion visuelle est le Pont du Gard. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1985, c’est l’aqueduc romain le mieux conservé au monde. Le voir depuis le sentier rive gauche, avant la descente finale, émergeant de la garrigue sur ses trois niveaux d’arches. Cette image-là, vous la gardez.
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Hébergement, logistique et infos pratiques : tout ce qu’il faut régler avant de partir
Où dormir près du départ à Collias ?
Le camping Les Gorges du Gardon à Collias est le plus proche du point de départ du sentier. Géré par un opérateur privé, il vous permet de partir tôt le matin sans trajet préalable – un vrai avantage sur ce type de randonnée longue. Pour ceux qui préfèrent l’hébergement insolite ou les gîtes, l’arrondissement de Nîmes offre plusieurs options à moins de 20 minutes, mais rien n’égale la proximité immédiate du village.
Faut-il payer pour accéder au Pont du Gard à l’arrivée ?
Si vous arrivez à pied depuis les gorges, vous n’avez pas de parking à payer. L’accès piéton au pont lui-même est inclus dans la visite du site. Le parking payant concerne les véhicules – 8 à 9€ selon la saison. Le musée est ouvert toute l’année. Si vous avez organisé une navette avec un second véhicule, comptez ce coût. Ce détail logistique plaide pour le sens Collias → Pont du Gard avec le véhicule laissé gratuitement à Collias.
Comment vérifier si le sentier est ouvert en été ?
La préfecture du Gard publie les arrêtés de fermeture sur son site officiel – c’est la source fiable. Autre option : appeler l’office de tourisme local avant de partir. Ces arrêtés peuvent tomber du jour au lendemain selon les conditions météorologiques et le niveau de risque incendie. Les forums de randonnée datent souvent de plusieurs semaines, ils ne valent pas une consultation directe.
Mon verdict tranché : une randonnée magnifique mais qui ne pardonne pas l’improvisation
Je l’écris en juillet 2026, alors que les gorges du Gardon sont probablement fermées à l’heure où vous lisez : ce sentier Collias – Pont du Gard est l’une des plus belles randonnées accessibles du sud de la France. Pas de la Provence, pas du Languedoc – du sud entier. La combinaison d’un site Natura 2000 préservé, de gorges calcaires sauvages et d’une arrivée sur un monument romain classé UNESCO depuis 1985, c’est rare.
Mais ce sentier est sévère avec les imprévoyants. Les gués peuvent vous bloquer à mi-parcours. Les fermetures estivales peuvent annuler votre journée sur un arrêté publié 48 heures avant. La chaleur en garrigue sans ombre n’est pas une métaphore. Ce n’est pas une balade familiale du dimanche. C’est une vraie randonnée de 13 à 14 kilomètres qui demande des chaussures adaptées au terrain calcaire, une préparation sérieuse et le respect du milieu Natura 2000 traversé.
Alors voici ma recommandation : faites-la en avril ou mai, dans le sens Collias vers le Pont du Gard, avec navette ou vélo organisé à l’avance. Partez avant 8h. Emportez 2 litres d’eau minimum. Et quand vous apercevrez le Pont du Gard depuis le chemin rive gauche, émergeant de la garrigue en fleurs – vous comprendrez pourquoi j’en parle encore.